Politique Régional

Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour la découverte du virus du sida, est mort à 89 ans

Le professeur Luc Montagnier est mort mardi à l’hôpital américain à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), a appris jeudi 10 février l’AFP auprès du maire de la ville Jean-Christophe Fromantin.

Rejeté sur le tard pour des théories douteuses, il restera à jamais associé à la découverte du virus du sida qui lui a valu le prestigieux prix Nobel de médecine.

Ses propos controversés contre les vaccins anti-Covid l’avaient remis sur le devant de la scène, lui attirant la sympathie des antivax et le discréditant un peu plus auprès de la communauté scientifique.

“J’ai toujours cherché l’insolite. J’ai du mal à travailler sur un courant déjà établi”, confiait ce biologiste spécialiste des virus dans un documentaire consacré à des travaux qu’il qualifiait lui-même de “sulfureux” sur la “mémoire de l’eau”, diffusé sur France 5 en juillet 2014.

Fines lunettes métalliques, œil vif et visage toujours poupon à 80 ans passés, le virologue se décrivait comme un “marginal” en blouse blanche malgré ses lauriers internationaux, avec le prix Nobel attribué en 2008 pour une découverte réalisée un quart de siècle plus tôt.

 “Maladie des 4H”

Il faut se replonger dans l’ambiance des années 1980 pour comprendre la fièvre qui s’était emparée d’une poignée de laboratoires dans le monde : découvrir au plus vite l’origine d’un mal étrange qu’on nommait, faute de mieux, “maladie des 4H” (car semblant s’attaquer essentiellement aux homosexuels, héroïnomanes, Haïtiens et hémophiles).

Né le 8 août 1932 à Chabris dans l’Indre (centre de la France), le virologue Luc Montagnier dirigeait depuis 1972 à l’Institut Pasteur un laboratoire spécialisé dans les rétrovirus et oncovirus (responsables de cancers).

Début 1983, il isole avec ses “associés” Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann un nouveau rétrovirus qu’il baptise provisoirement LAV (Lymphadenopathy Associated Virus) à partir d’un prélèvement effectué par le Dr Willy Rozenbaum sur un jeune malade, un homosexuel ayant séjourné à New York.

C’est pour lui l’agent “causal” de la nouvelle maladie. Mais la découverte est accueillie avec “scepticisme”, en particulier par l’Américain Robert Gallo, grand spécialiste des rétrovirus.

“Pendant une année, nous savions que nous avions le bon virus (…) mais personne ne nous croyait et nos publications étaient refusées”, racontait Montagnier 30 ans après.

En avril 1984, Margaret Heckler, secrétaire d’État américaine à la Santé annonce que Robert Gallo a trouvé la cause “probable” du sida, un rétrovirus baptisé HTLV-III. Mais ce dernier s’avère être rigoureusement identique au LAV trouvé plus tôt par l’équipe de Montagnier…

“Codécouvreurs”

La polémique enfle : qui est le véritable découvreur du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), Montagnier ou Gallo ? La question est importante car elle permet de régler la question des royalties liées aux tests de dépistage.

Le différend aboutit à une conclusion provisoire et diplomatique en 1987 : États-Unis et France signent un compromis où Gallo et Montagnier sont officiellement qualifiés de “codécouvreurs”.

Le véritable épilogue intervient 20 ans après, avec l’attribution du Nobel pour la découverte du VIH, non pas à Gallo mais à Montagnier et à son associée Françoise Barré-Sinoussi. Jean-Claude Chermann sera lui oublié par le prestigieux jury.

Quelques années après, pour le 30e anniversaire de sa découverte, le Pr Montagnier dressait pour l’AFP un bilan mitigé de cette épopée : “On n’a pas réussi à éradiquer l’épidémie ou même l’infection puisqu’on ne sait pas guérir quelqu’un qui est infecté”. Les médicaments antirétroviraux permettent en effet de museler efficacement le VIH mais pas de l’éliminer totalement du corps des personnes infectées.

“Antivax”

Après avoir dirigé de 1991 à 1997 un département Sida et rétrovirus à Pasteur puis enseigné au Queens College de New York jusqu’en 2001, le Pr Montagnier prend les chemins de traverse de la recherche scientifique et se met progressivement au ban de la communauté scientifique.

Il défend la “piste microbienne”, pourtant sujette à caution, pour expliquer l’autisme. Il reprend la thèse unanimement rejetée du chercheur français Jacques Benveniste selon laquelle l’eau conserverait l’empreinte (la “mémoire”) de substances qui ne s’y trouvent plus. Il soutient des théories sur l’émission d’ondes électromagnétiques par l’ADN, promeut la papaye comme remède à certaines maladies.

Ses prises de position répétées contre les vaccins lui valent en novembre 2017 la condamnation cinglante et officielle de 106 membres des Académies des sciences et de médecine.

Le Figaro décrit son parcours comme un “lent naufrage scientifique”. Durant la pandémie de Covid-19, il s’illustre encore, affirmant que le virus SARS-CoV-2 a été manipulé en laboratoire avec l’ajout de “séquences, notamment, du VIH” et que les vaccins sont responsables de l’apparition des variants.

Ces thèses, combattues par les virologues et épidémiologistes, ont jeté un peu plus le discrédit sur un scientifique devenu un “paria” parmi ses pairs.

source: france24.com

Laisser un commentaire