Defence/R&D

Le Traité du Quirinal donne un nouvel élan à la coopération entre la France et l’Italie en matière de Défense

Au regard de leurs liens historiques, politiques, culturels et économiques, Paris et Rome n’avaient jusqu’ici jamais signé d’accord pour une « coopération bilatérale renforcée », comme le Traité de l’Élysée, lequel scella, en 1963, le rapprochement [et la réconciliation] entre la France et l’Allemagne.

Cette « anomalie » a été corrigée ce 26 novembre, avec la signature, par le président Macron et Mario Draghi, le chef du gouvernement italien, du Traité du Quirinal [du nom du palais présidentiel transalpin, ndlr]. Signature qui a été saluée par le survol de Rome par la Patrouille de France et les Frecce Tricolori.

« De Stendhal à Umberto Eco, de Mastroianni à Belmondo, à Claudia Cardinale, nous partageons de nombreux souvenirs et références communs. […] C’était presque une anomalie de ne pas avoir ce traité du Quirinal, parce que tant de choses nous unissent, nos histoires, nos cultures, nos artistes », a ainsi commenté M. Macron. « Pays fondateurs de l’Union, premiers signataires des traités […], nous défendons une Europe plus intégrée, plus démocratique, plus souveraine », a-t-il fait valoir.

« Les institutions que nous avons l’honneur de représenter s’appuient sur les mêmes valeurs républicaines, sur le respect des droits humains et civils, sur l’européisme », a déclaré M. Draghi, qui a salué un « moment historique » dans les relations entre la France et l’Italie.

Le Traité du Quirinal doit permettre, explique l’Élysée, de « travailler en commun au niveau européen en faveur d’une Europe toujours plus unie, démocratique et souveraine, en inscrivant nos coopérations dans cette perspective », de « favoriser le rapprochement et l’intégration de nos sociétés civiles, en particulier en encourageant la mobilité des jeunes » et de « structurer la relation bilatérale en lui donnant des orientations stratégiques et en formalisant un certain nombre de cadres de consultation ».

Plusieurs domaines sont donc concernés, dont le développement durable, la coopération policière, l’enseignement supérieur, l’innovation, l’économie [avec la mise en place d’un forum annuel de concertation économique franco-italien], la diplomatie et… la défense.

En la matière, la France et l’Italie ont établi de fortes relations, notamment industrielles, dans les secteurs de la construction navale [frégates Horizon, FREMM, pétrolier-ravitailleurs, torpilles MU-90], de l’espace [satellites Athéna-Fidus et Sicral 2] et des missiles [système de défense aérienne SAMP/T]. Les deux pays coopérent également dans d’autres programmes impliquant d’autres acteurs, comme pour l’Eurodrone, l’hélicoptère NH-90, Eurodrone] ou encore la radio logicielle ESSOR.

Au niveau opérationnel, l’Italie a fini par rejoindre, en septembre 2019, l’Initiative européenne d’intervention [IEI], qui vise à développer une culture stratégique commune aux pays participants. Et elle participe au groupement européen de forces spéciales « Takuba », déployé au Sahel. Les forces françaises et italiennes oeuvrent ensemble au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban [FINUL] et, en 2010, il fut question de créer une brigade alpine commune, devant être en mesure de « planifier et conduire des opérations conjointes dans les zones de montagne ».

Cette liste de ces coopérations franco-italiennes n’est pas exhaustive… Mais elle est appelée à s’étoffer davantage dans les années à venir.

En effet, le Traité du Quirinal prévoit la tenue de « réunions bilatérales institutionnalisées » en matière de défense ainsi qu’un « Conseil franco-italien de Défense et de Sécurité » afin de « renforcer le dialogue bilatéral sur tous les sujets d’intérêt commun, en tenant compte de l’évolution de l’environnement sécuritaire international et régional, qui engendre pour les deux États des intérêts sécuritaires étroitement liés ».

Ce dialogue bilatéral portera prioritairement sur le contre-terrorisme, la sécurité maritime, la maîtrise des armements, la coopération tant opérationnelle que capacitaire, les menaces hybrides et les défis énergétiques.

Il est aussi question, pour les forces françaises et italiennes, d’identifier « les synergies en matière de soutien et de préparation aux opérations dans le cadre de leurs déploiements respectifs, qu’ils soient nationaux ou en coalition » et d’entretenir les « échanges en matière de formation ».

Sur le plan capacitaire, le texte parle d’intensifier les coopérations déjà existantes, en particulier dans le secteur naval, les systèmes de missiles, l’espace et les munitions de nouvelle génération… Mais aussi d’en établir de nouvelle, notamment en « matière terrestre et aérienne ». Ce qui pourrait donner lieu à une participation italienne au char de combat du futur [MGCS], actuellement mené en coopération avec l’Allemagne. Voire à un rapprochement entre le SCAF et le Tempest si les conditions s’y prêtent.

Cela étant, la relation franco-italienne devrait prendre de l’ampleur dans le domaine de l’espace, étant donné que le Traité invite à identifier les « futurs axes de développements capacitaires dans les domaines de la sécurité et de la défense spatiales par la signature d’une lettre d’intention bilatérale » et à « intensifier la coopération entre les commandements et centres opérationnel spatiaux, afin d’améliorer les échanges d’informations et la coordination ».

Enfin, la France et l’Italie sont convenues de mettre en oeuvre de « nouvelles formes de coopération dans le secteur des approvisionnements militaires » et de « renforcer le Groupe d’experts de haut niveau en armements [Senior Armaments Experts Group], forum bilatéral de discussions capacitaires en vue de partager et d’aligner leurs orientations respectives ».

Selon l’Élysée, le Traité du Quirinal pourrait ainsi permettre, par exemple, d’établir une « nouvelle coopération » en matière de capacités aéronavales, « sous la forme […] d’accompagnements réciproques de nos groupes aéronavals ».

source: opex360.com

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