Politique Régional

La Turquie a pris la tête de la force de réaction très rapide de l’Otan

Le 29 décembre, venant de recevoir son homologue turc, Mevlut Cavusoglu, à Sotchi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a indiqué que Moscou et Ankara allaient poursuivre leur coopération militaire malgré leurs différends sur la Syrie, la Libye et le Haut-Karabakh… et les critiques soulevées par l’acquisition de systèmes russes de défense aérienne S-400 « Triumph » par la Turquie. Achat qui a valu à cette dernière d’être exclue du programme F-35 ainsi que des sanctions américaines visant son industrie de l’armement.

« Nous avons confirmé avec la Turquie notre objectif mutuel de développer notre coopération technique militaire », a en effet déclaré M. Lavrov, avant de souligner que le président russe, Vladimir Poutine appréciait la détermination de la Turquie à « poursuivre la coopération dans ce domaine, malgré la pression illégitime de Washington. » En outre, a-t-il continué, les sanctions « occidentales » ne doivent pas influer sur les relations de deux pays « guidés par leurs intérêts nationaux. »

De son côté, le ministre turc a assuré que les sanctions américaines ne feraient pas plier Ankara. « Nous ne renonçons pas à nos actions à cause de sanctions. Notre accord sur la livraison des S-400 est intervenu avant cette décision », a-t-il dit. « Quel que soit le sujet, y compris le S-400, nous préférons régler les problèmes par le dialogue. Les États-Unis ont dit après les sanctions qu’ils étaient pour un dialogue », a-t-il aussi ajouté.

Le souci est que le système russe S-400 n’est pas compatible avec ceux utilisés au sein de l’Otan, dont la Turquie fait partie. Le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg, l’a d’ailleurs encore rappelé lors d’un entretien donné à l’agence de presse allemande DPA.

« J’ai souligné à plusieurs reprises auprès de la Turquie que le S-400 russe n’est pas compatible avec les technologies de l’Otan. Il ne peut pas être intégré dans les défenses aériennes de l’Otan. De plus, il présente un risque pour les avions alliés » , a en effet affirmé M. Stoltenberg, le 29 décembre.

En outre, d’autres actions d’Ankara ont suscité – et suscitent encore – des tensions au sein de l’Otan. Outre ses interventions en Syrie, en Libye voire en Azerbaïdjan, la Turquie est également mise sur la sellette pour sa recherche d’hydrocarbures dans des zones revendiquées par la Grèce, sa remise en cause du droit international ou encore pour le chantage qu’elle exerce sur l’Union européenne au sujet des migrants. Ce qui a donné lieu, début décembre, une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance assez houleuse.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, avait donné le ton, reprochant également à Ankata de « prendre en otage » les plans de défense envisagés par les Alliés, y voyant une attitude susceptible d’affaiblir leur cohésion.

Ces plans concernent notamment le flanc oriental de l’Otan, où plusieurs pays membres redoutent les ambitions russes, surtout après l’affaire de la Crimée et le soutien de Moscou aux séparatistes du Donbass, région située dans le sud-est de l’Ukraine, pays avec lequel la Turquie est en excellent terme, comme en témoigne leur coopération en matière d’armement.

Pour y répondre, l’Alliance a mis sur pied d’une « Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation » [Very High Readiness Joint Task Force, VJTF], intégrée à la Force de réaction de l’Otan [NRF – Nato Response Force]. Or, après l’Italie, l’Allemagne et la Pologne, c’est au tour de la Turquie d’en assurer la direction cette année, à compter du 1er janvier.

Pour rappel, décrite comme étant le « fer de lance » de l’Otan, la VJTF repose sur une brigade terrestre multinationale, des forces spéciales ainsi que des moyens aériens et navals. Son rôle est d’intervenir à très court préavis [2 à 3 jours] en cas de besoin afin de préparer le déploiement d’un groupe initial de forces de deuxième échelon [IFFG], composé de deux brigades multinationales.

En 2021, le gros des troupes de cette VJFT sera fourni par la 66e brigade d’infanterie mécanisée de l’armée turque, avec environ 4.200 soldats sur les 6.400 que comptera cette force. « L’Albanie, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, le Monténégro, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis fourniront également des unités », a indiqué l’Otan.

L’organisation a en outre souligné que la Turquie « considérablement investi dans cette unité […], en particulier dans la planification des besoins logistiques et en munitions. » Et d’ajouter que les « derniers modèles en date des véhicules armés, des missiles antichar et des obusiers turcs ont été affectés à la force. »

source: opex360.com

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