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Méditerranée : Athènes et Ankara lancent des exercices militaires concurrents dans des zones disputées

Depuis maintenant plus de deux semaines, et sous escorte militaire, le navire turc de recherche sismique Oruç Reis prospecte d’éventuels gisements d’hydrocarbures dans une zone située entre la Crète [Grèce] et Chypre. Et, ce 25 août, il s’y trouve encore, les coordonnées de sa dernière position connue, selon MarineTraffic, étant 33.91712° / 29.76671°.

Normalement, selon un Navtex publié par la Turquie pour annoncer sa mission, l’Oruç Reis aurait dû quitter ce secteur le 23 août. Seulement, Ankara a décidé, via un nouveau Navtex, de prolonger ses activités de quatre jours supplémentaires.

Or, la Grèce avait prévu de mener un exercice militaire avec les forces aériennes émiraties [qui ont envoyé quatre F-16 à La Suda, en Crète, ndlr] non loin de la zone de recherche du navire turc. Un Navtex a ainsi été émis à cette fin et il concerne précisément la Crète ainsi que les îles Karpathos, Rhodes et Kastellorizo.

Ce qui a donné lieu à une nouvelle diatribe du président turc, Recep Tayyip Erdogan, à l’égard d’Athènes.

« L’émission d’un Navtex par la Grèce n’est autre qu’un acte irresponsable menaçant la sécurité de tous les navires présents dans la région », a estimé M. Erdogan, le 24 août, avant de faire porter à Athènes la responsabilité de « tous les problèmes qui surviendront dans la région. »

« Il serait bon pour la Grèce de prendre en considération que ceux qui la poussent devant la flotte turque, ne se montreront pas si un problème survient », a lancé le président turc, réaffirmant la détermination d’Ankara la Turquie à poursuivre ses activités dans un secteur qui, selon Athènes, fait partie du plateau continental grec. La flotte qui accompagne l’Oruç Reis « agira avec plus de détermination pour protéger les droits » de la Turquie « dans la région », a martelé M. Erdogan.

Dans cette affaire, assurant être dans son bon droit, Ankara semble vouloir pousser Athènes à la faute, afin de se poser ensuite en victime pour l’isoler diplomatiquement et pousser ses pions. En juillet 1870, Bismark avait agi de la sorte avec Napoléon III…

D’ailleurs, un entretien donné à l’AFP par l’amiral Cem Gürdeniz, à l’origine de la doctrine de « Patrie bleue » [qui consiste à étendre les frontières maritimes turques, tant en Méditerranée orientale qu’en mer Noire, ndlr] donne du crédit à une telle hypothèse. « Si la Grèce appuie sur la détente, ce sera la fin de l’Otan […] Les pays européens devraient faire pression sur la Grèce pour qu’elle abandonne » certaines revendications maritimes, a-t-il en effet déclaré.

En outre, alors que la Grèce a annoncé des manoeuvres militaires dans les environs de l’île de Kasos [au nord-est de la Crète, ndlr], la Turquie a émis un nouveau Navtex pour prévenir qu’elle en ferait autant ce 25 août. Et le ministère turc de la Défense a précisé, via les réseaux sociaux, qu’il prévoit de mener des « exercices militaires de transition » avec la participation de « navires turcs et alliés », au sud de la Crète. Aucun détail sur les participants n’a été donné.

Ces manoeuvres militaires auront donc lieu alors que le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, va tenter de mener une médiation entre Ankara et Athènes.

Il est nécessaire que l’Allemagne reste en dialogue avec les deux parties » car « l’objectif est que la Grèce et la Turquie résolvent leurs différends directement l’une avec l’autre », a expliqué Steffen Seibert, le porte-parole du gouvernement allemand. « Nous craignons que les tensions continuent à peser sur les relations entre la Turquie et l’UE et qu’une nouvelle escalade ne soit lourde de conséquences », a ajouté Christofer Burger, son homologue du ministère des Affaires étrangères.

Par ailleurs, si elle entend isoler la Grèce au sein de l’Alliance atlantique, la Turquie aurait négocié avec la Russie pour se procurer un deuxième lot de systèmes de défense aérienne S-400 Triumph, incompatibles avec ceux utilisés par l’Otan. Ce qui donne lieu à des tensions, notamment avec Wahington [et plus précisément le Congrès des États-Unis].

« Un contrat pour la livraison d’un deuxième lot de systèmes S-400 à la Turquie a été signé et les parties discutent des conditions financières du contrat », a en effet déclaré Alexander Mikheyev, un responsable de Rosoboronexport, l’entité chargée des exportations d’équipements militaires russes. La mise en oeuvre de ce contrat dépendra « de la volonté de nos partenaires de résoudre enfin les problèmes de procédure liés au financement de ce projet », a-t-il ajouté. Évidemment, un tel contrat est susceptible d’altérer les relations entre Athènes et Moscou…

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