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Vers une intervention militaire russe en Biélorussie?

Il y a deux semaines, et alors qu’il briguait un sixième mandat, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, se posait en rempart contre les ingérences russes dans les affaires de son pays, allant même jusqu’à accuser Moscou d’avoir envoyé des mercenaires de la société militaire privée [SMP] Wagner, proche du Kremlin, à Minsk avec l’intention de formenter des troubles, voire d’organiser des « massacres ». Et il en fit même l’argument principal de sa campagne tout en reprochant à ses opposants d’être des « marionnettes » de la Russie.

« À vaincre sans péril on triomphe sans gloire », dit le Cid. Mais M. Loukachenko n’est pas le Cid… Et comme lors des précédentes élections présidentielles, il fit mettre sous les verrous ses principaux opposants, dont Viktor Babaryko, ex-directeur de la banque Belgazprombank, la filiale du géant gazier russe Gazprom, ainsi que Sergueï Tikhanovski, un militant anti-corrpution, dont l’épouse, Svetlana Tikhanovskaïa, a pris le relai. Un troisième candidat, Valeri Tsepkalo, préféra s’exiler à Moscou.

Le ton de M. Loukachenko à l’égard de son voisin russe, sans lequel l’économie de son pays ne tournerait pas, pouvait s’expliquer par le fait que, s’étant posé en défenseur de la souveraineté biélorusse, les relations entre entre Minsk et Moscou s’étaient franchement refroidies depuis décembre 2019, avec l’échec des discussions sur l’union entre la Russie et la Biélorussie.

Cela étant, l’opposition biélorusse, incarnée par Svetlana Tikhanovskaïa, prit de l’ampleur, avec des manifestations d’une ampleur inédite. Mais cela n’empêcha pas M. Loukachenko d’être réélu, le 9 août, avec plus de 80% des voix. Comme les fois précédentes… à la différence que ce résultat donna lieu à des contestations durement réprimées.

Depuis, ayant été félicité pour sa réélection par Vladimir Poutine, son homologue russe, M. Loukachenko a effectué un changement de cap à 180°. Et désormais, c’est vers la Russie qu’il se tourne, dénonçant des ingérences « étrangères » pour expliquer la contestation dont son pouvoir fait l’objet. Et, à Moscou, on ne dit pas autre chose.

La Russie voit « des tentatives claires d’ingérence étrangère visant à diviser la société et déstabiliser la situation » en Biélorussie a ainsi affirmé Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, le 14 août.

Dans le même temps, l’Union européenne a adopté des sanctions visant les responsables biélorusses responsables de la répression des manifestations ayant éclaté à l’annonce de la réélection de M. Loukachenko.

Puis, les 32 mercenaires de la SMP Wagner, arrêtés en juillet à Minsk, ont finalement pu revenir en Russie, malgré les faits qui leur étaient jusqu’alors reprochés. Puis, dans le même élan, M. Loukachenko a indiqué, le 15 août que M. Poutine lui avait assuré une « aide » pour préserver la sécurité de la Biéolorussie.

Le lendemain, histoire de dramatiser la situation, Alexandre Loukachenko a appelé ses partisans à « protéger l’indépendance de la Biélorussie », affirmant que l’Otan avait augmenté sa présence aux frontière de son pays.

Ce qui a été démenti par Oana Lungescu, la porte-parole de l’Alliance atlantique. « Il n’y a pas de renforcement de l’Otan dans la région. La présence multinationale de l’Otan dans la partie orientale de l’Alliance n’est une menace pour aucun pays. Elle est strictement défensive, proportionnée et conçue pour prévenir les conflits et préserver la paix », a-t-elle assuré.

Le même jour, le Kremlin a publié un communiqué pour rendre compte d’un nouvel entretien téléphonique entre MM. Poutine et Loukachenko. « La discussion sur la situation en Biélorussie après les élections présidentielles s’est poursuivie, notamment au sujet des pressions extérieures. La partie russe a réaffirmé qu’elle était disposée à fournir l’assistance nécessaire pour résoudre les problèmes posées, sur la base des principes du traité de l’État de l’Union ainsi que, si nécessais, par le biais de l’Organisation du traité de sécurité collective. » En clair, une intervention militaire russe n’est pas exclue. Ce qui ne veut pas dire qu’elle aura forcément lieu.

Cependant, pour Moscou, il n’est pas acceptable de voir un pays de sa sphère d’influence se rapprocher de l’Union européenne [ce qui avait été un élément déclencheur de la crise ukrainienne, en novembre 2013]. D’où l’incertitude provoquée par les manifestations contre le pouvoir biélorusse… d’autant plus que la figure de proue de l’opposition, qui a trouvé refuge en Lituanie, s’est dit « prête à assumer mes responsabilités et à agir en tant que leader national. »

En outre, via Twitter, le président français, Emmanuel Macron, a appelé l’Union européenne à « continuer de se mobiliser aux côtés des centaines de milliers de Biélorusses qui manifestent pacifiquement pour le respect de leurs droits, de leur liberté et de leur souveraineté. »

Reste à voir ce que décidera le Kremlin, une intervention militaire en Biélorussie pour y rétablir l’ordre étant délicate, dans la mesure où les troupes russes pourraient être perçues comme une force d’occupation. Tout dépendra de la vigueur de l’opposition à Alexandre Loukachenko… ou du mode opératoire choisi.

Sur ce point, des images diffusées via les réseaux sociaux suggèrent qu’une opération est sur le point d’être lancée, des colonnes de camions russes, de type « Kamaz » et « Ural », similaires à ceux utilisés par la Garde nationale russe et la police anti-émeute mais ne portant aucune marque distinctive, ayant été vus par de « nombreux témoins » sur les axes routiers menant vers la Biélorussie.

Dans le même temps, la 103e brigade aéroportée de l’armée bioélorusse, a fait mouvement de Vitebsk vers Grodno, localité située près de la frontière avec la Pologne et la Lituanie, conformément, d’ailleurs, à ce qu’avait annoncé M. Loukachenko, le 15 août.

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