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Varsovie et Washington ont trouvé un accord sur une présence militaire américaine accrue en Pologne

Le 29 juillet, conformément aux instructions du président Trump, le Pentagone a annoncé que 11.900 militaires américains quitteraient l’Allemagne. Dans le détail, 6.300 d’entre eux retourneront aux États-Unis tandis que 5.600 autres seront redéployés en Europe, principalement en Belgique, en Italie et en Pologne.

Ce n’est pas encore sûr au moment de cette annonce mais l’US Africom, le commandement militaire américain pour l’Afrique, a depuis confirmé le transfert de son quartier général de Stuttgart vers une autre destination qui reste à préciser [soit un autre pays européen, soit les États-Unis].

Le Pentagone a fait valoir que ces mouvements de troupes répondaient à des « impératifs stratégiques », l’objectif étant de « dissuader » la Russie. Une présentation de ces mesures qui n’a pas été reprise par chef de la Maison Blanche. « On en a marre d’être des pigeons. […] Nous réduisons nos forces parce qu’ils ne paient pas. C’est très simple », a-t-il dit au sujet de l’Allemagne, avant d’affirmer qu’il pourrait revoir sa position si Berlin décidait de « payer plus ».

Quoi qu’il en soit, la ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, semble prendre la chose avec philosophie, estimant que la mesure annoncée par Washington est une occasion pour « faire progresser la politique de sécurité et de défense. »

« La vérité est qu’une bonne vie en Allemagne et en Europe dépend de plus en plus de la manière dont nous assurons nous-mêmes notre sécurité », a estimé Mme Kramp-Karrenbauer, le 31 juillet. Et en « ce qui concerne les regrettables projets de retrait des troupes américaines », elle a indiqué qu’elle inviterait les responsables des États allemands concernés pour en discuter à la rentrée, sachant que ces derniers ont écrit à des élus du Congrès américain pour empêcher les mesures inspirées par M. Trump.

Quoi qu’il en soit, la Pologne attendait beaucoup de ce redéploiement, en disant notamment prête à mettre deux milliards de dollars sur la table pour financer l’implantation permanente d’une unité américaine sur son sol.

Déjà, dans le cadre des mesures de réassurance prises par l’Otan, la Pologne accueille déjà 4.500 militaires américains, l’US Army y déployant, par rotation, l’équivalent d’une brigade blindée. Et il vient s’y ajouter un détachement du 52nd Expeditionary Operations Group qui met en oeuvre des drones MQ-9 Reaper depuis la base de Miroslawiec, les renforts temporaires lors des exercices de l’Otan et l’implantation – toujours en cours – d’un système AEGIS Ashore à Redzikowo, au titre du bouclier antimissile de l’Otan.

Finalement, et malgré le lobbying intensif de son président, Andrzej Duda, qui plaidait pour un « Fort Trump », la Pologne devra se contenter d’accueillir un millier de militaires américains supplémentaires. Et, pour cela, un « Accord de coopération renforcée en matière de défense » [EDCA] a été trouvé entre Varsovie et Washington. L’annonce officielle a été faite le 3 août.

« Les États-Unis et la Pologne ont conclu des négociations sur un accord élargi de coopération en matière de défense [EDCA]. Il permettra une présence permanente accrue d’environ 1.000 soldats », a en effet indiqué Mark Esper, le chef du Pentagone. Cet accord « renforcera la dissuasion contre la Russie ainsi que l’Otan, tout en rassurant nos alliés. Notre présence avancée en Pologne, sur le flanc oriental de l’Otan, améliorera notre flexibilité stratégique et opérationnelle », a-t-il fait valoir.

Ces renforts américains en Pologne se répartiront entre le quartier général du 5e Corps de l’US Army, récemment réactivé, un quartier général divisionnaire, des éléments ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance] et des unités de soutien pour deux brigades [l’une blindée, l’autre d’hélicoptères]. L’idée d’installer en Pologne un escadron de F-16, qui avait été avancée lors du dernier déplacement du président Duda à Washington, n’a finalement pas été retenue [mais sans doute avait-elle été émise pour des raisons électorales…].

Cela étant, le 31 juillet, et alors que la fin des discussions n’était pas encore officielle, le ministre polonais de la Défense, Mariusz Blaszczak, avait expliqué que le quartier général du 5e Corps de l’US Army allait « gérer les forces déployées sur l’ensemble du flanc oriental de l’Otan » et qu’il serait ainsi le « plus important centre de commandement des forces terrestres » de la région.

Quant au coût de cette présence, il sera pris en charge par le contribuable polonais. Varsovie « a accepté de financer l’infrastructure et le soutien logistique des forces américaines en Pologne, que ce soit pour les 4.500 militaires actuellement déployés par rotation et les 1.000 autres qui viendront en renfort », a déclaré le lieutenant-colonel Thomas Campbell, un porte-parole du Pentagone.

Ainsi, Varsovie financer le quartier général du 5e Corps de l’US Army ainsi que celui d’une division, un centre d’entraînement à Drawsko Pomorskie et des installations pour un escadron de drones MQ-9 Reaper ainsi que pour les forces spéciales, afin de leur permetre de mener des opérations aériennes, terrestres et maritimes. Sans oublier les infrastructures nécessaires pour les unités de soutien des deux brigades.

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