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Climat. L’Union européenne doit-elle arrêter ses projets gaziers pour respecter ses engagements ?

Les eurodéputés vont valider ou refuser mercredi une liste de projets concernant des infrastructures électriques et gazières. Plusieurs d’entre eux estiment qu’ils sont incompatibles avec les objectifs des accords de Paris pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le Parlement européen vote mercredi 12 février 2020 pour accepter ou non une liste de projets d’intérêts communs, des infrastructures à plusieurs milliards d’euros cofinancées par le budget européen. Or, parmi ces projets, plusieurs concernent des combustibles fossiles alors que la Commission affiche son envie dans le même temps de lutter contre le réchauffement climatique avec son New Green Deal, son « pacte vert » .

Des projets à plusieurs milliards d’euros dont l’approbation par le Parlement européen permettrait d’enclencher des procédures d’autorisation simplifiées et le droit de demander un financement européen au titre du mécanisme pour l’interconnexion en Europe.

Parmi ces projets, il y a le Celtic interconnector qui vise à créer une connexion électrique entre l’Irlande et la France, en passant par la Bretagne. Le projet, d’un coût total de quelque 930 millions d’euros, va bénéficier d’une aide de l’Union européenne à hauteur de 530 millions. Les 400 millions d’euros restants seront financés à 35 % par le RTE (Réseau de transport d’électricité) et 65 % par EirGrid, son homologue irlandais. Un projet majeur pour la République d’Irlande qui dépend principalement pour son approvisionnement électrique du Royaume-Uni aujourd’hui. À l’heure du Brexit, il s’agit pour ce pays d’un enjeu de souveraineté.

Les infrastructures dédiées au gaz posent question

Mais si les infrastructures électriques emportent les suffrages des eurodéputés, il n’en va pas de même de celles destinées à transporter le gaz, chiffrées à hauteur de 29 milliards d’euros. Il y a un double discours par rapport au Pacte vert, estime l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint. C’est une liste de la honte tempête l’élue verte pour qui ces projets sont inutiles et pas efficaces tant du point de vue énergétique, écologique ou économique. Le gaz est une énergie polluante, que cela soit dans son extraction et son émission, déplore-t-elle tout en craignant que, du point de vue géopolitique, cela lie nos pays avec des États qui ne respectent pas toutes les valeurs de la démocratie, à l’instar de l’Azerbaïdjan. Marie Toussaint regrette surtout qu’on entretienne notre dépendance au fossile sur plusieurs décennies, a contrario des engagements pris récemment au Parlement européen ou par la Banque européenne d’investissements.

Le Pacte vert de la Commission ne veut pas dire qu’on va se passer des réseaux, rappelle le professeur à Science Po Paris et au Collège de Bruges, Michel Derdevet. Plus on aura d’énergie renouvelable, plus on aura besoin de bons réseaux, remarque l’auteur d’un rapport en 2015 pour François Hollande sur une politique européenne en matière d’infrastructures énergétiques.

Il pointe également un marché du gaz en surproduction, ce qui pose la question de la réalisation d’infrastructures à plusieurs milliards d’euros en la matière. Il y a un risque qu’on raisonne avec les yeux du passé selon lui, même si on ne peut pas stopper ces projets de manière brutale. Il regrette surtout que la Commission européenne ne propose pour le moment aucun chiffrage. Le dernier date de 2013, rappelle-t-il. Cela permettrait d’avoir un débat objectivé, d’autant plus que le New Green Deal va permettre de donner un sens à ces investissements.

La Commission va évaluer les projets à l’aune du Pacte vert

Alors, la Commission tient-elle un double discours ? Du côté de l’exécutif européen entré en fonction en décembre 2019 seulement, on appelle les eurodéputés à valider la liste. La commissaire d’origine estonienne Kadri Simson a ainsi estimé devant les eurodéputés dans l’hémicycle de Strasbourg lundi 10 février que cette liste est meilleure que la précédente liste, où il y avait 40 % de projets liés à des infrastructures gazières, en termes de lutte contre le changement climatique. Une assertion contestée par plusieurs eurodéputés pour qui la Commission est tout à fait en droit de présenter une nouvelle liste, même dès la semaine prochaine si elle le souhaite selon la députée européenne Marie Toussaint.

Kadri Simson a aussi rappelé que ce n’est pas parce qu’il y a des projets gaz qu’ils seront nécessairement financés, être un projet sur cette liste n’est pas une garantie pour lui d’obtenir des fonds, a-t-elle déclaré. On s’engage à évaluer le financement de chaque projet à l’aune du Pacte vert, a-t-elle promis.

source : Ouest France

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