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Le dilemme moral du président E. Macron

Le président français a l’ambition de rendre à son pays l’ancienne grandeur sur continent Européen et d’en faire le nouveau leader d’une Europe Unie renouvelée. Agissant dans ce sens, il a décidé de réconcilier l’Union Européenne avec la Russie afin de garantir la paix et le partenariat dans la région de Brest (à l’ouest de la Bretagne) à Vladivostok (en Extrême-Orient). Dans ce contexte, il a déjà donné son accord provisoire à Poutine de venir à Moscou en mai de cette année pour participer au défilé de la victoire sur le nazisme.

Évidemment E. Macron a l’intention, à son arrivée à Moscou, de se souvenir du passé, d’honorer les morts et de prendre soin de l’avenir, en tendant la main de l’amitié à Poutine. En même temps, par ses actions il détruira le présent normalisé, car espérant certaines fruits de ses efforts, il recevra inévitablement d’autres.

La visite du président français au principal événement (pour le Kremlin) de l’année sera automatiquement une trahison de nos contemporains, tout d’abord de la population de la plupart de pays voisins de la Russie, offensée par sa politique militaire agressive. Et notamment à cause d’une telle politique Poutine, les représentants des autorités russes et de l’establishment se sont retrouvés dans l’isolement international, des secteurs entiers de l’économie russe sont sous les sanctions sévères des États occidentaux. Comme on le sait, le Kremlin continue à considérer sa politique étrangère comme absolument correcte, bien qu’un certain nombre de conflits chauds et gelés le long des frontières de la Fédération de Russie n’ont pas encore été résolus.

Tendant la main de l’amitié à Poutine pour l’avenir de l’Europe, E. Macron complique simultanément notre présent politique. Est-il vraiment sûr de pouvoir résoudre ce dilemme difficile de la bonne manière?

Alors, le 8 mai 2020 le fait de la capitulation du Troisième Reich nazi (un régime totalitaire qui a adopté les principes de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’antisémitisme) aura 75 ans. L’anniversaire de la victoire sur le nazisme sera certainement célébré sur plusieurs continents (de Londres et Paris à Washington, Ottawa et Canberra), mais surtout il sera célébré à Moscou.

En Russie, la victoire dans la Seconde Guerre mondiale, en général, n’a jamais été oubliée car ce thème était fermement lié à l’idéologie de l’URSS et à l’idéologie néo-impériale (après la défaite de l’Empire rouge pendant la guerre froide) de la Fédération de Russie. Après la dérive du post-totalitarisme à la soi-disant “démocratie souveraine”, la Russie moderne ne peut en effet se vanter d’aucune réalisation – ni en économie, ni en science, ni en termes de niveau de vie des citoyens ordinaires, ni en matière de protection de leurs droits et libertés. La seule réalisation que les dirigeants du Kremlin ne se lassent pas de rappeler à leurs subordonnés est la victoire de leurs grands-pères lors de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Dans le même temps, les Russes modernes (et souvent les Éuropéens) oublient très commodément le fait que les soldats ont été recrutés dans les rangs de l’Armée rouge de toutes les nationalités de l’ex-URSS, et le potentiel industriel des 15 républiques soviétiques (construit aux dépens de collectivisation forcée, famine artificielle et répressions de masse qui ont entraîné la mort de dizaines de millions de citoyens de l’URSS) a travaillé sur le complexe militaro-industriel de l’armée stalinienne.

Poutine a invité à Moscou presque tous les dirigeants du monde pour participer au défilé de la victoire. Actuellement, les dirigeants de principaux pays du monde ne disent rien sur cette invitation. E. Macron n’a-t-il pas été trop rapide pour donner son accord?

De toute évidence, les dirigeants mondiaux comprennent ce que Poutine attache une grande importance au défilé comme à un fait extrêmement symbolique. L’arrivée d’acteurs internationaux influents pour rendre visite à un dirigeant russe arbitraire et sans scrupules sanctifierait certainement la politique étrangère destructrice de la Fédération de Russie, visant à détruire l’ordre mondial, à ignorer le droit international, à fragmenter l’espace euro-atlantique commun et à rendre le monde chaotique: saignement de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, encouragement de la Transnistrie à se dissocier de la Moldavie, l’incitation de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie à la Géorgie, les inondations sanglantes de la Tchétchénie, l’incitation aux conflits ethniques dans les États baltes, l’annexion de la Crimée, la guerre dans le Donbass ukrainien, la participation aux conflits à la Syrie, à la Libye et à la Venezuela et, après tout, l’intervention insidieuse dans les campagnes électorales sont partout dans le monde (avec la France incluse). Et voilà, le défilé de la victoire à Moscou avec la participation des dirigeants mondiaux approuvera indirectement toutes ces actions de la Fédération de Russie, permettra à Poutine de se débarrasser de l’isolement international, de revenir en tant que membre honoraire sur la scène internationale et de mobiliser ses associés.

Si les électeurs d’A. Merkel pourront s’expliquer sa visite au défilé de Poutine par le complexe existant de culpabilité de toute la nation allemande pour avoir allumé la Seconde Guerre mondiale, et l’électorat nord-américain s’est habitué à l’attachement incompréhensible et suspect de D. Trump envers le principal patron des pirates russes et des corrompus, les citoyens français n’auront de bonnes raisons d’approuver la participation d’E. Macron au “triomphe de la volonté” de Poutine.

Si E. Macron devient le seul représentant parmi les détenus du G-7 à venir à Moscou pour un accord avec Poutine, il risque de “prendre les lauriers” du maréchal F. Peten (qui a fait une trêve avec le Troisième Reich en 1940 et a dirigé le régime de marionnettes de Vichy) qui est associé à la faiblesse, la trahison et la collaboration aux yeux de tous les Européens.

Par conséquent, afin de ne pas déshonorer l’Union européenne dans son ensemble et la France en particulier, le président E. Macron doit boycotter un événement douteux à Moscou en mai.

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