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France – Russie : la primauté du droit ou l’approche pragmatique?

La confiance est en hausse

La confiance des Français en Emmanuel Macron est en nette hausse en juin (+5) avec 32% de bonnes opinions sur son action, selon un sondage Ipsos Game Changers diffusé le 19 juin. La plupart des sondages publiés depuis début juin donnent Emmanuel Macron en hausse de 1 à 5 points.

Les facteurs et les opinions

On pense qu’en particulier c’est le résultat que Macron a réussi à régler le problème avec des « gilets jaunes », ce qui aurait pu provoquer son « décès » politique. Et ce n’est un secret que la Russie se trouve derrière les « gilets ». Olivier Costa, politologue et directeur de la recherche au CNRS estime qu’il s’agit du travail du Kremlin. Les résultats de nombreuses enquêtes des journalistes en témoignent également. Par exemple une étude sur les tweets anglophones concernant ce mouvement du chercheur Baptiste Robert montre que Facebook surtout et Twitter plus marginalement forment à la fois le détonateur et la caisse de résonance de la protestation qui a pris corps dans les villes de France depuis le 17 novembre.

Plusieurs journaux britanniques et américains attribuent à Moscou les centaines de faux comptes qui alimentent la colère des « gilets jaunes » sur les réseaux sociaux. The Times a cité une analyse menée par la société de cybersécurité New Knowledge. D’après celle-là, quelque 200 comptes Twitter liés à la Russie ont amplifié le phénomène des « gilets jaunes », en propageant environ 1 600 tweets et retweets par jour. Washington Post et même Bloomberg le confirme.

Manifestation des “gilets jaunes” le 4 mai, à Bordeaux.
afp.com/MEHDI FEDOUACH

Sur ce que l’activité du mouvement des « gilets jaunes » était soutenue du dehors témoigne leur incapacité à s’unir et créer la force politique réelle, qui recevrait les places dans le Parlement européen. Les gilets jaunes ont-ils pour autant dit leur dernier mot ? Pas si sûr. Mais en tout cas c’était le fin politique du mouvement.

Nouvelle rhétorique et nouveaux objectifs

Après avoir réglé le problème avec des « gilets jaunes » et le changement de la rhétorique de Macron (devenu plus conciliante), sa cote de popularité est en hausse. Au cours de l’entretien téléphonique avec le Président de la Fédération de Russie en ce mai on parlait du Conseil de l’Europe. M. Macron a souligné que « la Russie y avait toute sa place et marqué l’importance qu’une solution soit rapidement trouvée pour y permettre son maintien, avec tous les droits et obligations qui y sont attachés ». Un peu plus tard dans son interview à la chaîne publique suisse RTS mardi 11 juin il a affirmé: « l’Europe doit dialoguer avec la Russie, laquelle doit de son côté « faire des efforts ». De plus « … l’Europe, dans cet ordre multilatéral que je défends, a besoin de rebâtir une nouvelle grammaire de confiance et de sécurité avec la Russie et ne doit pas exclusivement passer par l’Otan ». De plus, il a même commencé à parler ouvertement qu’il faut éviter qu’il ait une sortie de la Russie du Conseil de l’Europe, ce qui d’après lui serait mauvais pour l’objectif que les Français poursuivent comme pour les citoyens russes.

La Russie extrait activement la rhétorique du chef de l’Etat français, la transforme et la diffuse comme l’opinion de la communauté européenne.

Quelle est la raison d’une telle conduite du chef de l’Etat français? La réponse peut être très simple… Il est très probablement qu’il s’agit de merci pour l’aide avec les « gilets jaunes » – une arnaque bien pensée par le Kremlin afin d’obtenir Macron comme alliée.

Il ne faut pas oublier le levier d’influence économique, activement utilisé par la Russie dans ses relations avec la France. Il faut bien admettre que malgré les sanctions européennes contre la Russie les entrepreneurs français ne veulent pas perdre le marché russe, car cela entraînerait une baisse des revenus en l’absence d’autre solutions. L’année précedente Medef International et l’Union des industriels et des entrepreneurs de Russie ont signé un mémorandum of understanding (MoU) à Saint-Pétersbourg « pour renforcer les coopérations sur l’industrie du futur ». Selon Philippe Gautier, le numéro un du patronat français, « le président français a compris que l’économie est fondamentale au développement des relations entre les deux pays, que ce lien économique est essentiel et qu’il faut être fort pour résister aux assauts même d’amis et d’alliés ».

Donc, il est claire que M. Poutine a reçu deux leviers de l’influence : l’argent des entrepreneurs français sur le marché russe et la menace de l’escalade de la violence dans les rues des villes françaises. Malheureusement, jusqu’à présent, la France constitue un maillon faible dans la position forte et coordonnée de la communauté européenne vis-à-vis de la Russie parce qu’en effet l’approche pragmatique est plus important que le principe européen démocratique de la primauté du droit…

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