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Des robots pour filtrer la cacophonie

Le Monde a annoncé avoir adopté un nouveau système d’écrémage des commentaires s’appuiyant sur une technologie de Jigsaw, un incubateur de la maison-mère de Google, Alphabet.

Déjà adopté en anglais par le New York Times et en espagnol par le journal madrilène El Pais, l’outil de Jigsaw mâche le travail des modérateurs en attribuant automatiquement une note de «nocivité» aux 3000 commentaires postés chaque jour sur le site du Monde.

Les abonnés tapent leurs commentaires sous l’article, et reçoivent en temps réel une évaluation, ce qui les incite à mieux choisir leurs mots. Les modérateurs décident ensuite de publier ces contributions ou non.

En 2019, 14,3% des commentaires relevés aléatoirement sur des sites d’actualité français ou leurs pages Facebook étaient agressifs ou haineux, selon un «observatoire de la haine en ligne» publié par Netino, entreprise spécialisée dans la modération.

Modérer les commentaires coûte quelques milliers d’euros chaque mois et dans un contexte de crise de la presse, les médias peuvent en faire l’économie. Selon plusieurs études, les commentaires haineux donnent une mauvaise image aux sites qui les accueillent.

Après six mois de collaboration avec Jigsaw, selon El Pais, la nocivité des commentaires a légèrement baissé sur les articles et, surtout, le nombre total de contributions a augmenté.

En rouvrant leurs pages de commentaires, les médias cherchent aussi à reprendre le contrôle sur ces liens directs avec des abonnés potentiels, qu’ils avaient laissés ces derniers temps à Facebook et Twitter, souligne Jérémie Manie, PDG de Netino.

Steve Bonet, de la société de modération Atchik, «on a beaucoup de titres de presse qui veulent mieux savoir de quoi sont faites leurs communautés, et ce que veulent lire leurs lecteurs».

Jérémie Manie regrette qu’on ait cherché à «tuer» le commentaire sans chercher, en vingt ans de journalisme en ligne, à exploiter correctement ces expressions de la société, appréciées selon lui de nombreux lecteurs. 

Au New York Times comme à l’université Simon Fraser, au Canada, on cherche à identifier automatiquement les commentaires les plus «constructifs», ceux qui «font avancer la conversation, restent civilisés et apportent de la valeur, comme une opinion basée sur des faits ou des expériences personnelles», détaille la chercheuse en linguistique Maite Taboada, de l’université canadienne.

«Des recherches montrent qu’en promouvant ces commentaires constructifs, on peut élever le niveau de la conversation en ligne», fait-elle valoir. Au Wall Street Journal, on y croit: le journal a récemment transformé ses commentaires en «conversations», lancées par une question en fin d’article, et auxquelles contribuent les journalistes.

Pourra-t-on métamorphoser la cacophonie et les insultes en débat apaisé? «C’est une expérience», prévient Alexandre Picard, du Monde. «Si on n’arrive pas à apaiser la discussion, on pourra revenir sur notre décision». «Personne n’a la bonne formule aujourd’hui», observe Jérémie Manie.

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